De l’an 2000 à nos jours, une constante macabre traverse l’histoire politique de notre pays : chaque régime compte son ou ses étudiants tombés sous les balles. Et ce drame ne survient jamais par hasard. Il survient presque toujours lorsque la franchise universitaire est levée, piétinée ou sciemment violée.
Autoriser l’irruption de forces lourdement armées de fusils et de lance-grenades d’un côté, de pierres et de mains nues de l’autre, dans l’enceinte universitaire est un acte d’une gravité extrême. Une telle décision ne peut, ne doit plus dépendre de l’humeur ou du calcul d’un simple recteur, parfois nommé davantage pour son apport politique que pour son sens de la responsabilité républicaine.
La franchise universitaire n’est pas un privilège. C’est un rempart démocratique.
Désormais, sa levée doit relever exclusivement de l’hémicycle, et ne pouvoir être envisagée qu’en cas de force majeure clairement établie, débattue et assumée devant la Nation.
Je sais ce que signifie soutenir une vision politique. La loyauté est une valeur cardinale.
Mais le sang sérère qui coule dans mes veines m’interdit la lâcheté, encore plus la complicité face à l’injustice.
Oui, je fais partie de ceux qui ont partagé la vision du tandem Diomaye–Sonko.
Mais ce qui s’est passé à l’Université Cheikh Anta Diop est inacceptable, et je le condamne avec fermeté, sans détour et sans réserve.
La mort de l’étudiant Abdoulaye Ba, survenue ce 9 février 2026, est une mort de trop.
Pire encore : une mort évitable.
Ces étudiants ne réclamaient ni luxe ni privilèges.
Ils réclamaient le rappel de leurs bourses, leur seul moyen de survie.
Quand on ne peut pas payer son loyer, se nourrir ou se soigner, manifester devient un dernier recours, non un caprice.
À défaut de leur donner ce qui leur était dû, il fallait négocier.
Il ne fallait jamais imaginer franchir les portes de l’UCAD avec une telle violence.
Les images parlent d’elles-mêmes.
Elles accusent.
Elles condamnent.
Plus jamais ça.
Plus jamais un campus transformé en champ de bataille.
Plus jamais des étudiants abattus pour avoir réclamé leurs droits.
La franchise universitaire doit désormais être confiée à l’Assemblée nationale.
Car ces jeunes sont l’avenir de ce pays, et une Nation qui tue son avenir pour étouffer une revendication se condamne elle-même.
PAR Kalidou Nielel DIALLO












